SAINT- MALO. - Tout le monde a pris place dans la grande salle d'honneur de l'École de police. Les vingt-cinq marins portugais de l'armement Porcher, hébergés en urgence dans l'établissement,
font face à leur patron, Jean Porcher.
« C'est une catastrophe, je ne trouve pas les mots. Je peux juste vous remercier pour votre courage et votre
dévouement. »
Quelques heures plus tôt, certains d'entre eux participaient aux recherches de leurs quatre collègues de
La P'tite Julie encore portés disparus. Deux corps avaient été
repêchés, dès lundi. Seul un marin sur les sept (quatre Français, trois Portugais) a été retrouvé vivant. Tous les navires de l'armateur sont rentrés au port de Saint-Malo, mercredi. Douze
chalutiers au total qui ne reprendront pas la mer avant dimanche.
« Aller travailler avec nos copains dans l'eau, ce n'est pas
possible », rapporte Alberto Duque, l'un des matelots.
« On ne comprend pas »
« Ceux qui ont navigué sur La P'tite Julie peuvent peut-être nous aider à comprendre », dit Jean Porcher.
« Il n'y a
pas d'explications », lâche un matelot.
« On aimerait savoir et, surtout, retrouver les corps de nos
amis », confie Hugo de Castro. Un autre marin s'exclame :
«Je ne rentrerai pas au Portugal sans le corps de mon
cousin. »
Jean Porcher, la gorge nouée, raconte aux marins portugais le témoignage de David Dourado-Marques, le seul rescapé de
La P'tite Julie :
« Vers 3 h 45 (lundi matin)
, les deux hommes de quart ont appelé le patron et les gars. Tous se sont
retrouvés sur la passerelle ». Le capitaine Bruno Lesage aurait alors réduit la vitesse du chalutier, réalisant que son bateau était trop lourd. Mais
La
P'tite Julie commençait à couler.
« Ils n'ont pas eu le temps de prendre le matériel de survie, poursuit l'armateur.
David et Bruno ont dit à tout le monde de sauter à l'eau. Ils
se tenaient tous ». Dans l'eau glacée, David Dourado-Marques a encouragé ses camarades.
« Il leur a parlé, parlé et parlé encore pour les maintenir
éveillés. Il est resté jusqu'à la fin avec le jeune Florian (Gueguen, 19 ans, d'Erquy)
. Florian est le premier à avoir vu l'hélicoptère et il a
lâché. » Les autres auraient cédé chacun à leur tour. Quand l'hélicoptère a repéré la bouée jaune, il ne restait plus que David Dourado-Marques.
Jean Porcher a prévu de se rendre au Portugal pour rencontrer les familles des défunts. Après le drame, l'armateur a reçu le soutien de la mairie de Saint-Malo qui s'est organisée pour
accueillir les pêcheurs portugais. Quand ils ne travaillent pas, d'ordinaire, ces derniers rentrent au pays. Quand ils pêchent, ils vivent dans le bateau. Ils n'avaient donc pas de solution
d'hébergement pour cette semaine de deuil.
Ne disposant pas de foyer des marins, la ville s'est tournée vers l'École de police.
« Le Comité local des pêches m'a appelé à 10 h pour me dire qu'ils
avaient vingt-cinq marins à loger et à nourrir. À 10 h 30, j'avais l'accord du directeur de l'école, rapporte le député-maire, René Couanau.
La solidarité des gens de
mer n'est pas un vain mot, tout le monde s'est mobilisé. »
Stéphanie BAZYLAK.
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