Mort en prison à 19 ans
LE MONDE
Jérémy Martinez avait 19 ans quand il a été retrouvé inanimé dans sa cellule de la maison d'arrêt de Valence (Drôme), mardi 4 mars. Un suicide, a d'abord dit l'administration
pénitentiaire quand elle a prévenu la famille. Impossible, ont immédiatement rétorqué la mère et la grand-mère du détenu. Pour elles, il s'agit d'un meurtre - le corps présentait des
traces de coups, notamment dans le dos et au niveau du cou. Le jeune homme avait un sac plastique scotché sur la tête. Elles ont porté plainte pour "non-assistance à personne en
danger".
Une information judiciaire pour "homicide volontaire" a également été ouverte par le parquet de Valence, qui dira si le jeune homme a été la victime d'un de ses codétenus et,
indirectement, de la surpopulation carcérale, une réalité visible à Valence comme dans de nombreuses autres prisons françaises.
Jérémy Martinez avait commencé sa vie d'adulte en prison, après une enfance ballottée entre deux familles et une adolescence frottée à la petite délinquance du côté de Sorbiers (Loire),
où il habitait avec sa mère. Il avait ce qu'on appelle "une bonne tête", un air attachant qui avait séduit la famille d'accueil où il avait été placé, puis le propriétaire d'un restaurant
de Cléon-d'Andran (Drôme), où il apprenait le métier de serveur, et aussi quelques jeunes filles.
Sa première fugue, une poignée d'heures à peine, avait eu lieu avant ses 10 ans. D'autres, plus longues, ont suivi : à 15 ans, il retrouvait parfois deux copains dans un squat. Premiers
larcins, premières fréquentations des tribunaux pour enfants. Dégradations, falsifications de chèques, vols de téléphones portables, de voitures et autres : "Cinq ou six dossiers", selon
Me Marie-Christine Buffard, son avocate. A sa majorité, après un ultime "coup" dans un bureau de tabac, ses sursis sont tombés et il a été condamné à plus d'un an de détention. Quelque
temps auparavant, il avait rédigé une lettre à l'attention du juge pour enfants ; il demandait à être suivi après sa majorité. "Il avait besoin d'être encadré", assure sa grand-mère,
Philomène.
Il était enfermé depuis trois mois quand il a été retrouvé gisant dans sa cellule. Il avait une blessure à la pommette, une autre au cou et une côte cassée. C'est son codétenu qui avait
appelé à l'aide en criant : "Il s'est tué, il s'est tué." Le garçon avait 19 ans lui aussi, un gabarit imposant, une réputation d'"impulsif" et un casier judiciaire plus lourd : une
tentative de meurtre par le feu sur une personne handicapée. "C'était un malade, c'est évident, assure Guillaume Recoin, aumônier de la maison d'arrêt de Valence. Il n'était pas cohérent
dans ses propos, incapable de rester assis. Tout le monde savait qu'il y avait un souci avec ce garçon. La semaine avant le drame, j'avais dit au médecin qu'il fallait le mettre à part,
le soigner."
Quand le directeur de la maison d'arrêt de Valence l'a prévenue du drame, la mère de Jérémy a immédiatement rejeté la thèse du suicide. Sa grand-mère aussi. Toutes les deux avaient vu
leur fils et petit-fils trois jours plus tôt, lors de leur visite mensuelle. Il y avait aussi Amandine, la jeune soeur du détenu. Uniquement des femmes, donc. Et des femmes qui
accusent.
Quand les trois visiteuses ont voulu alerter les surveillants, réclamé la visite d'un médecin, on ne les a pas écoutées, disent-elles. "Lorsque le garde est venu le chercher, nous lui
avons dit qu'il fallait un médecin pour Jérémy, relate Philomène Martinez dans une lettre ouverte. Nous lui avons fait remarquer son bras, qu'il ne pouvait plus bouger, et on lui a dit
aussi les marques que nous avions remarquées sur sa figure et au dos. Je lui ai dit qu'il ne fallait pas le remettre comme ça dans sa cellule. Le gardien ne m'a pas répondu. Il s'est
adressé à mon petit-fils tout doucement, je n'ai pas pu comprendre ce qu'il disait."
Eric Collier
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